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Armand Heitz et ses bouteilles de vins de Bourgogne

La Bourgogne s'envole

Publié par Armand Heitz le

Depuis une dizaine d'années, les prix des vins de Bourgogne s’envolent. En très peu de temps, les crus de Bourgogne sont devenus hors de prix. Il y a 40 ans, les vignerons avaient du vin à vendre, des stocks en cave et recevaient pour une dégustation. Aujourd’hui il est parfois impossible d’avoir un rendez-vous et bien souvent compliqué d’avoir du vin. Que s’est-il passé ?

La Bourgogne est une petite région viticole, le morcellement du foncier est important, les exploitations sont familiales, nombreuses et de petites tailles. L’histoire et la classification des crus faites par les cisterciens est encore aujourd’hui un modèle agronomique que beaucoup de régions viticoles nous envient. Les exploitations et les négociants participent depuis plusieurs générations à la renommée de la région en France comme à l’international grâce à un réseau de distribution solide. La présence de la Romanée Conti, domaine parmi les plus emblématiques au monde, participe également à cette notoriété mondiale. Ces éléments peuvent expliquer pourquoi la Bourgogne est devenue en l’espace de 40 ans une région star. Mais sur le terrain, qu’en est-il vraiment ?

Parcelles de vignes en Bourgogne, typique de la classification des vins

Les aléas climatiques et la gestion du foncier sont les deux plus grosses difficultés à gérer dans un domaine en Bourgogne. Il y a 2 générations, il ne fallait pas parler de succession avant la mort du propriétaire. Aujourd’hui, agir ainsi, c’est comme signer l'arrêt de mort de l’exploitation. Il m’aura fallu près de 15 ans de travail avec ma famille et mes différents conseils pour trouver le montage juridique qui peut me permettre d’envisager un projet à l’échelle de ma famille. De nombreux films ont été réalisés pour évoquer ce sujet mais sur le terrain les exploitations ont beaucoup de mal à relever le défis. Malgré des sommes parfois colossales versées aux impôts, ceux-ci veulent toujours plus. Leur argument est que le prix de marché est toujours plus élevé. C’est un problème, car ce ne sont plus les vignerons qui achètent mais des investisseurs capables d’acheter un bien qui ne dégage pas de rentabilité. La différence est que le vigneron doit payer des charges importantes et a donc besoin d’une rentabilité. Ce décalage est malheureusement la source de nombreuses tensions dans les domaines familiaux.

Grêle, gel, sécheresse, grillure, dépérissement ; les vignes sont très sensibles à ces aléas climatiques. Les rendements dans les années 1980 à 2010 oscillaient de 40 à 60 hectolitres par hectare. Il est rare désormais d’atteindre les 35 hectolitres par hectare. Cependant, le travail reste le même une année avec un rendement correct et une année avec petite récolte. Comment équilibrer sans un impact direct sur le prix de vente ?

Cep de vignes bourguignon au printemps

Avec des rendements divisés par deux, des charges en constante augmentation, un foncier quasi impossible à rentabiliser, les conséquences sont fortes sur les prix en magasin, au restaurant ou chez le vigneron. Le client des premières heures et l’allocataire fidèle ne comprennent pas ou ne peuvent pas financièrement suivre de telles évolutions. Cette frustration a même été baptisée d’un anglicisme : le “Bourgogne Bashing”.

Je suis amateur de Bourgogne également et il ne faut pas généraliser ce phénomène à toute la Bourgogne. Ça serait comme de réduire Bordeaux aux grands crus classés en 1855. Il y a des villages de Bourgogne accessibles. Il existe des terroirs avec un potentiel équivalent aux villages emblématiques mais avec une renommée moindre et donc un prix plus raisonnable. Les villages de Pernand-Vergelesses, Beaune, Saint-Aubin, Mercurey sont très souvent d’excellents rapport qualité/prix.

Il me semble également pertinent de défendre qu’avec leur histoire, leur notoriété et leur rareté, la valeur des grands crus n’est pas exagérée. Prenons par exemple le Chevalier-Montrachet que nous vendons 600 euros au départ du domaine. La nature permet aux vignerons ayant le privilège d’en exploiter ou d’en vinifier d’en produire seulement 35 000 par an sur une surface d’à peine 8 ha. Un grand cru classé comme Château Margaux produit suivant les années autour de 80 000 bouteilles pour 500 euros en primeur. En termes de rareté, je vous laisse faire le calcul.

Chevalier-Montrachet Grand Cru Armand Heitz

Il est amusant de comparer à d’autres secteurs aussi. Prenons par exemple le prêt-à-porter. Pour 550 euros, vous pourrez vous offrir une chemise G***I fabriquée on ne sait où et avec de nobles matières (viscose et polyester). Aujourd’hui, il est donc plus important d’avoir l’air d’un clown dans une chemise en plastique fabriquée par des travailleurs sous-payés que d’aider un vigneron à prendre soin de son terroir et du patrimoine français. 

Prenons le secteur électronique et loisirs. Avec 600 euros, vous pourrez péniblement vous offrir le luxe de vous abrutir pendant un an devant des séries sur un écran. Encore une fois, il semble plus important d’attribuer son salaire à des grands groupes pour appauvrir les ressources de notre planète plutôt que d’aider un artisan à cultiver durablement sa terre. Il n’y a aucun doute que vos enfants vous remercieront d’avoir regarder La casa del papel !

Regardons nos économies justement. Livret, immobilier, actions, que faire ? Mon beau-père avait pour habitude d’aller visiter les caves bourguignonnes dans les années 70 à 80. Il trouvait plus d'intérêt à acheter un joli cru bourguignon qu’une jolie marque de champagne comme ses amis le faisaient. Voilà un point ou je le rejoins. Au fil des années, il n’a pas tout bu et a conserver quelques flacons dans sa cave. Pour un achat de 3000 francs pour 36 bouteilles, il les a revendus 30 ans plus tard pour 10 000 euros soit environ 65 000 francs. Vingt fois la mise de départ. Peu de banques vous proposent des rendements équivalents !

Grappe de raisin cépage chardonnay Meursault La Barre

Alors oui, certains crus bourguignons deviennent inaccessibles mais si c’est au service d’une production vertueuse, remercions les clients qui peuvent permettre aux producteurs d’améliorer ainsi leurs parcelles. 

La terre est l’outil de travail de l’agriculteur. Investir directement chez un agriculteur, c’est lui confier la responsabilité du bien-être de notre planète pour les générations futures.

 

Armand Heitz

 

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